Témoignages

Fanny L.

« Écouter son corps, écouter son cœur »

« J’ai eu une vie difficile jusqu’à ce jour. Je ne dirai pas le contraire. Une vie empreinte de défis, de blessures, de deuils, de très grande solitude. Mes parents m’aimaient, mais ils étaient des parents blessés. Alors, ils étaient des parents qui m’ont surtout appris à survivre à la vie, non à la vivre. Il ne m’était pas autorisé de me laisser aller, d’être victime de qui ou quoi que ce soit… et c’est ce qui a dicté toute ma vie jusqu’à ce jour.

J’ai vécu beaucoup de souffrances et bien des histoires qui « ne se racontent pas ». Chaque personne a sa façon bien à elle de traverser les aléas d’une vie. Pour ma part, m’accrocher « au service de l’autre » était la mienne. Pour ne pas sombrer, aider encore plus mon prochain. Pour ne pas m’arrêter et ressentir, avoir mille et un projets à réaliser. Pour ne pas pleurer, nourrir la joie et le bien-être de l’autre.

Un jour, cela m’est apparu incohérent. Quelque chose en moi existait et demandait mon attention. J’étais si fatiguée. Je voyais tout ce que je faisais, tout ce en quoi je m’investissais et je me voyais moi dans tout ça, œuvrant sans cesse et soudainement, tout cela m’a semblé être un cirque énorme. Je fuyais quelque chose, je pouvais le ressentir si fortement. Je ne savais pas quoi, mais en moi ce n’était plus tranquille du tout et il y avait comme une sorte d’appel à faire face, mais je ne savais pas à quoi.

Puis le moment est arrivé : je ne pouvais plus continuer ni physiquement, ni mentalement, ni émotionnellement. J’ai alors tout arrêté et ce que j’ai ressenti n’était rien de moins qu’atroce. La souffrance était là, dans un dernier événement qui fut celui de trop dans tout ce tas de trucs vécus. Et pour la première fois, je me suis ENTIÈREMENT laissée tombée dans cette souffrance. Mon corps criait de toutes sortes de façon. J’ai écouté, enfin. J’ai pleuré comme je n’ai jamais pleuré de ma vie. Je me suis brisée bord en bord. Et je suis morte, en quelque sorte.

Mais la femme qui « mourrait » avait enfin la pleine conscience de ce qui traînait en elle : une croyance qui avait forgé et développé tous ces comportements de survie. J’ai dû voir et accueillir cette croyance malsaine à la racine de tant de choses en ma vie : je ne peux pas être aimer. Personne ne peut m’aimer, je ne suis pas « aimable ». Une fois bien vécue, j’ai pu enfin me libérer, tranquillement, bout par bout.

Et la femme qui s’est relevé de tout ça, vit enfin. Elle ne survit plus à aucun jour, elle ne survit plus à la vie. On dirait que j’habite mon corps et ma vie pour la première fois. J’entends mon cœur comme jamais je ne l’ai entendu avant. Tous les jours, je m’offre la grâce de choisir ce que je veux vivre, ce que je veux manifester, ce qui me nourrit, ce qui m’apporte une joie sincère et donne un sens véritable à mon chemin. Il n’y a plus aucun projet d’avenir. Il n’y a plus personne à sauver. Il n’y a plus de monde à guérir. Il n’y a plus de vie à changer. Il n’y a qu’aujourd’hui à aimer. À aimer avec ses ombres et ses lumières, comme je suis faite moi-même.

La souffrance a de drôle de façon de nous guérir… si nous acceptons sa présence pour nous libérer! En acceptant de souffrir sans me responsabiliser de tout, sans me sauver dans l’autre, sans compenser par plus de lumière en ce monde… en laissant la souffrance être ce qu’elle est, soit qu’un très gros nuage qui passe, sans plus, j’ai pu retrouver le soleil. Pour vrai. Et depuis, tous les jours, j’apprends à me laisser aimer par la vie même, par moi. Et à y croire. Enfin. »


Stéphane M.

« Une nouvelle vie m’a été donnée »

Je serai heureux quand…

Tel était le dicton qui a été le moteur de ma vie. Ainsi, je serai heureux quand j’aurai terminé mon BAC, je serai heureux quand j’aurai un bon travail, je serai heureux quand j’aurai une copine, je serai heureux quand j’aurai ma maison, mon auto, mes deux chiens et quand j’habiterai près de ma famille à Québec. Mais, quand j’y suis arrivé, la copine a décidé de ne pas me suivre à Québec, le travail qui était le centre de ma vie ne m’apportait plus la satisfaction tant espérée. Alors, j’ai utilisé toutes sortes de moyens pour fuir ma vie et la dépression a frappé.

Tentatives de suicide après tentatives de suicide m’ont amené à séjourner en psychiatrie. À ma sortie, ma famille et plusieurs professionnels m’attendaient pour m’offrir aide et soutien mais, la mort dans le cœur ne cessait de me faire souffrir. J’ai décidé de quitter mon emploi pour tenter de faire un retour aux études mais, après deux semaines, la toxicomanie et la pornographie prenaient toute la place dans ma vie. J’ai vendu ma maison et je suis devenu sans domicile fixe. Me promenant d’un lieu à l’autre pour aboutir dans une chambre de motel complètement désespéré, j’ai crié à Dieu de venir me chercher ou de changer ma vie.

C’est alors qu’un long chemin s’est amorcé et qu’il a transformé ma vie par sa main puissante.

Je continue à apprendre à lui faire confiance de jour en jour et à le laisser guider ma vie.
Aujourd’hui, je n’ai plus le goût de mourir, je ne consomme plus depuis 9 ans, je suis marié, père de 2 enfants, je suis aux études à temps plein et je suis réconcilié avec ma famille. Mais, au-delà de tout, c’est ma relation personnelle avec Dieu qui est le plus précieux, car sans lui et sa bienveillance, je serais mort depuis longtemps. Je suis donc rempli de gratitude envers lui pour ce qu’il a fait et ce qu’il fera encore dans ma vie.


Hassane el B.

« Le chemin de quelqu’un qui veut être quelqu’un »

On a toujours besoin d’un schéma et des outils pour bâtir quelque chose, même quand il s’agit de bâtir notre vie et notre avenir, et être ambitieux et motivé ainsi que persévérant, c’est les grands outils de la vie qui peuvent nous amener au grand succès, et soyez certains que si vous êtes au « point zéro », que ça ne signifie pas que vous êtes « des loozers », mais ce n’est que votre point de départ, qu’il ne faut que continuer.

C’est l’histoire de ma vie, un jeune marocain de 20 ans qui vivait dans un village pauvre
et défavorisé au Maroc, et qui est arrivé au Canada pour réaliser un succès. Il fallait affronter tous les obstacles et les difficultés dans un nouveau monde, et il a fait une famille en plus, il a eu une carrière, et il continue toujours son chemin, un chemin de quelqu’un qui veut être quelqu’un, inspiré par un poème qu’il a lu dans sa jeunesse (le médiocre) de Jacques Charpenteau.

Le médiocre
« J’aurais aimé être quelqu’un,
Mais hélas, je ne suis personne.
Je veux dire, je suis quelqu’un
Qui n’est remarqué de personne,
Puisque je suis une personne
Qui n’est jamais vue par quelqu’un.
Si une quelconque personne,
N’importe qui, enfin, quelqu’un
Avait pu m’aider en personne,
Je crois que je serais quelqu’un.
Hélas, je n’ai trouvé personne
Qui m’aide à devenir quelqu’un ! »

Mais notre jeune homme a trouvé quelqu’un qui lui a fait confiance, c’est sa femme, avec qui il réalise un succès après un autre.
Merci


Nathalie R.

« Un message éphémère »

« Ce que j’ai à partager est l’histoire d’une relation entre cousines qui perdure à ce jour, même si l’une d’entre elles a quitté ce monde trop tôt.  Ma cousine, comme une bonne grande sœur m’a toujours protégée de sa noirceur même lorsque celle-ci la consommait complètement.

Elle a toujours eu du mal à égarer les pensées négatives, surtout à son égard. Elle se voyait laide et impossible à aimer malgré mes tentatives de la convaincre autrement. Le travail d’accepter l’amour doit se faire à l’intérieur et non à l’extérieur de soi-même. C’est justement ce qui lui manquait. Les messages d’amour et les attentions des hommes, incluant ceux de son mari, étaient des messages éphémères qui ne prenaient jamais racine dans son univers intérieur.

Très jeune ma mère m’avait enseigné l’importance de reconnaître cet amour qui vit en nous tous et de l’accepter. Malheureusement, ma cousine n’a pas reçu la même leçon. L’amour vivait en elle et elle le partageait facilement, surtout avec moi. Cependant, la haine qui l’habitait l’a étouffée complètement lorsqu’elle a succombé à sa torture interne et s’est pendue dans sa belle maison qui est devenue son tombeau. 

La nuit de ses funérailles lorsque je visitais son frère et sa femme chez eux, j’ai reçu un message éphémère à mon tour. J’étais assise dans son salon et j’observais une toile que sa femme avait peinte et qui était exposée dans le coin du salon. J’ai eu une vision de deux jeunes filles couchées sous les étoiles dans une forêt. Une des fillettes était assise, éveillée et très triste. À ses côtés se trouvait un ange qui brillait avec une lumière qui l’enveloppait. Lorsque j’expliquais cette vision à la femme de mon cousin, elle est restée bouche bée. 

Elle m’expliquait que cette toile sur laquelle figurait une image floue et abstraite était l’image d’un ange gardien. C’est à cet instant que j’ai reçu le message que la paix régnerait en moi un jour puisque l’amour m’habite. Enfin, j’ai compris que l’amour de soi-même est ce qui compte dans la vie et c’est cet amour qui nous aide à traverser les pires épreuves avec générosité et compassion. J’aimerais que ce message éphémère devienne permanent, enraciné au cœur de mon âme. »


Halim F.

«  Mon but, mon rêve »

« Il y a sept ans et 8 mois pile, nous débarquions au bureau de l’immigration de Montréal-Trudeau, pour valider nos résidences permanentes. Une journée qui a changé nos vies et qu’on n’est pas prêts d’oublier !

Tout avait commencé un soir d’été, au bord de la plage en 1999, où on a décidé d’entamer les démarches d’immigration au Québec, afin d’assurer « une meilleure vie pour nos enfants », un bon prétexte pour cacher la vraie raison…

Depuis notre arrivée, on s’est rendu compte qu’on n’était « pas prêts », avant de monter dans l’avion, car on a été mal informés de ce qui nous attendait. Il nous manquait un vrai bilan des compétences selon le marché de l’emploi au Québec.

Malgré ma maîtrise et mon baccalauréat en administration, je n’ai pu décrocher un travail, ni moi ni ma femme. C’est là qu’on a compris qu’il faut faire un diplôme québécois, pour avoir une expérience de travail québécoise. Faute d’expérience je n’ai pas pu décrocher un job et j’ai été contraint à un retour à l’école, cette fois-ci, un DEP en pâtisserie et ça a marché.

Heureusement qu’il y a l’été pour oublier nos souffrances et recharger notre résilience. C’est agréable et chaud, le ciel souvent bleu, et l’été indien s’étire jusqu’à la fin octobre : il n’est pas rare de se promener en manches courtes à cette période de l’année. Mais on passe de l’été à l’hiver en deux ou trois semaines.

Mais parlons de mon expérience avec le racisme anti-arabe, anti-musulman et citoyen de deuxième classe. C’est la peur de l’autre, l’ignorance et le manque d’ouverture au reste du monde qui engendre cette stigmatisation. L’immigration doit être considérée comme un « cadeau », une occasion d’évoluer et voir autre chose pour nous, une plus-value pour l’économie québécoise, et non des chiffres qui font peur aux citoyens québécois et qui poussent a créer des ghettos d’immigrants mal intégrés… Il y a des avantages et des inconvénients partout!!!! Ça dépend juste des yeux qui regardent!!!! Tout vient de l’intérieur…

Si j’ai un conseil a donner aux nouveaux arrivants, c’est bien d’être objectif, ouvert d’esprit, d’avoir désir de s’intégrer…tout émigrant doit avoir bien réfléchi à son projet et être prêt à balayer toutes les idées reçues et à faire « avec » les désagréments et inconvénients du pays d’adoption.

En résumé, je n’ai aucun regret, une excellente intégration, autant pour nous que pour nos enfants, de belles expériences, de belles rencontres avec les Québécois qui sont tellement gentils, accueillants et généreux avec nous!

Merci aux québécois de nous accueillir et de nous supporter »


Mélanie R.

« La réussite grâce à la persévérance »

« Depuis un très jeune âge j’ai vécu de l’intimidation par le personnel scolaire ce qui a grandement affecté mon estime personnel. De plus, j’ignorais que j’avais un déficit d’attention donc, je devais me concentrer et travailler plus fort afin de réussir mes études. Malgré ces défis, j’ai persévéré et j’ai réussi à obtenir un baccalauréat en travail social et cela, même si on m’avait déjà dit que je n’y arriverais jamais.

Bref, il ne faut pas se laisser influencer et abattre par les commentaires négatifs. Tout est possible 😉 »


Nadia F.

« De l’ombre vers la lumière »

« Je souffre de « dépression » depuis très longtemps et de son inséparable compagne « l’anxiété ». Si j’ai choisi de venir en témoigner à la Soirée d’Écoute Attentive, c’est parce que j’ai souvent cherché en vain des gens qui en témoigneraient, pour m’indiquer la sortie de secours… Comme je n’ai jamais trouvé, il y a environ 2 ans, j’ai décidé de braver la honte d’en être porteuse, alors que je n’y suis pourtant pour rien, et ce, en vue de tendre la main à la personne qui en souffre encore, afin qu’elle puisse entendre un message d’espoir…

Mais comment décrire la « dépression »… Alors que je m’élançais pour la décrire, lors de cette Soirée d’Écoute Attentive du 25 janv. 2019 à la Mosquée, le mieux que j’ai pu faire a été de pleurer… longuement… pour au final articuler qu’il s’agit « d’un trou noir ». C’est tout ce dont j’ai été capable… Or, dans un trou noir, la lumière est alors facilement perceptible, non!? Pour ce qui est de l’anxiété, c’est une peur irrationnelle qui finit par paralyser toute action. Dans mon cas, faut rajouter à ce « duo infernal », une « chorale imaginaire de personnes qui me crient en chœur que tout ce que je fais est pourri ». Vous imaginez qu’il est alors très difficile d’avancer, peu importe la sphère ou le contexte… Et pourtant… avec la persévérance, on finit par avancer en dépit de ces boulets aux pieds… Ceci étant dit, la vie est difficile pour tout le monde, d’où l’importance de la communauté pour s’entraider, car seul au monde, personne ne peut s’en sortir… Ça, je l’ai bien compris 😉

Au final, alors que j’étais persuadée qu’il était impossible d’un jour m’en sortir, je peux vous assurer que j’avais tort… Et pour moi, le long chemin du rétablissement s’est principalement traduit par d’innombrables années de thérapie, mais surtout, grâce à mon indéfectible implication bénévole au Dépanneur Sylvestre https://depanneursylvestre.org/ où vous avez, vous aussi, la possibilité de vous inclure. Je vous y aiderai, c’est promis, vous n’avez qu’à me le demander… Aujourd’hui, je continue parfois à souffrir de dépression et d’anxiété. Or, je mène maintenant une vie fonctionnelle et intégrée, tant professionnellement que socialement. Et contre toutes mes attentes, je touche même parfois à des moments de Joie dont le vecteur principal est la rencontre et la présence sincère à l’autre, décentrée de l’égo»


Christian G.

« Tout le monde y a droit »

« Ce que tu cherches te cherche aussi. Vivre dans l’éternelle insatisfaction c’est souffrant. Vivre avec la conviction de ne pas mériter mieux c’est déchirant. Chercher désespérément « on ne sait trop quoi », c’est exaspérant. Ce que tu cherches te cherche aussi, et c’est gratuit. »


Eduardo A. D.A.

« Ma conversion à l’Islam »

Après s’être lié d’amitié avec un jeune musulman, Eduardo Alves Dos Anjos dit être carrément tombé amoureux de l’islam. C’est ainsi que le jeune Montréalais né au Brésil a cessé d’intimider les jeunes musulmans et de raconter des blagues anti-islamiques pour se convertir à l’islam en 2008. Eduardo Alves Dos Anjos expliquera comment il a reconnu que son intolérance provenait d’une grande peur.


Colette C.

« Nager contre le courant »

« Pendant la majeure partie de ma vie adulte, j’étais aux prises avec des troubles de l’alimentation, balançant entre l’anorexie et la boulimie dans une souffrance invisible, mais aiguë. Dans les zones grises de ces désordres, le bon traitement est difficile à dénicher, et les gens vivant ces troubles ont tendance à s’isoler dans la honte, ce que j’ai fait souvent, malgré une personnalité extérieurement avenante. Par période, l’énergie vitale perdue dans la haine de soi et l’autosabotage était signifiante, même dévastatrice au niveau des relations proches et de l’emploi. Ma perception de ces malaises était beaucoup centrée sur mon apparence, et j’étais obsédée par mon image corporelle.

Grâce à un cheminement créatif, j’ai enfin trouvé soulagement dans une pratique de dessin. Au lieu de continuer à nier le corps, je me suis tournée le regard plutôt vers le corps, en dessinant des modèles vivants, en photographiant d’autres personnes, en dessinant toutes sortes d’images de personnes avec un poids et une taille différente, et enfin, en me photographiant moi-même pour ensuite dessiner mon propre corps. Dans cette pratique j’ai trouvé un nouveau regard d’acceptation et d’appréciation pour tous les corps humains, y compris le mien. Ça me demandait de faire face à mes peurs et d’engager avec d’autres et avec moi-même dans la vulnérabilité et l’intimité, ce qui est à la base de notre humanité partagée. Cette espèce de « mise à nue » par l’image m’a permis et de voir la beauté dans l’imperfection et la perfection dans toute la vie.

Mon projet de vie avec l’énergie retrouvée grâce à cette pratique c’est de l’amener aux autres. Ça ne coûte rien dessiner, et ça ne prend aucun talent artistique pour engager dans cette pratique, car c’est le processus du dessin qui guérit et non pas les résultats. Je voudrais que d’autres qui connaissant également ce bruit destructif envers soi dans leurs têtes puissent découvrir la tranquillité dans un temps passé à dessiner, ce qui amène tôt ou tard à un regard d’amour. Je n’ai jamais trouvé de pilule pour arranger ce qui n’allait pas en dedans de moi, mais par cette oeuvre toute simple j’ai appris à voir les autres d’un œil nouveau, à voir la vie autrement, et surtout, à voir mon propre corps comme un miracle et un allié au lieu de le considérer comme un déchet ou un échec. Bien m’alimenter est devenu plus facile, mais même si je reste fragile à ce niveau, la paix retrouvée au niveau l’image de soi me permet une vie plus paisible. »


Noémie A.

« Mon style de vie «semi-nomade» »

« Depuis huit ans, j’ai adopté, avec mon copain, ce qu’on pourrait appeler un style de vie «semi-nomade» !

Puisqu’il y a plusieurs définitions de semi-nomade, voici une définition de notre style de vie : nous habitons au Québec environ 6 mois par année, et nous voyageons environ 6 mois par année dans un autre pays. Bien sûr, le voyage fait partie de notre vie, mais pour nous, le plus important, ce n’est pas le voyage en tant que tel, mais plutôt notre style de vie minimaliste et la liberté que ce mode de vie nous amène. En effet, nous n’avons pas de maison, pas de voiture, et nos effets personnels se rangent dans deux grosses valises, trois sacs à dos et quelques boîtes entreposées. Dans notre définition du minimalisme, il y a aussi la notion de réduction du temps de travail, c’est-à-dire que nous travaillons pour avoir assez d’argent pour vivre et épargner, et un maximum de temps pour vivre d’autres expériences que le travail. Une grosse partie de notre épargne se fait sur le logement. Nous avons choisi depuis environ cinq ans de nous déplacer de maisons en maisons en gardant des animaux quand les gens sont partis en voyage (housesitting).

Il est important de mentionner que nous sommes chanceux d’avoir notre famille et nos amis qui nous supportent, aussi bien par un support émotif que par de l’aide physique. Bien que nous adorions vivre ainsi, notre style de vie amène une instabilité, alors, pour trouver un équilibre, nous choisissons de travailler constamment sur notre stabilité mentale et émotionnelle, dans la compassion envers nous-mêmes et envers tous les animaux (nous sommes véganes). Finalement, pour nous, ce qui est le plus difficile dans notre style de vie semi-nomade, c’est de ne pas être assez longtemps au même endroit pour s’engager dans la communauté sur le long terme. Tout en continuant notre style de vie minimaliste, il se peut que prochainement nous limitions les voyages pour cette raison. »


  Slava K.

« Mon voyage de la Syrie au Canada »

« Je m’appelle Slava Kujar. Je suis originaire de la Syrie.

J’ai quitté la Syrie à la fin du mois de mars en 2013. Je n’oublierai jamais ce jour-là. Deux jours auparavant, une cinquantaine de bombes sont tombées dans mon quartier d’Alep. On a décidé de partir.

Moi et mon mari Fahed et mes deux jeunes enfants, on s’est enfuis au village de mes beaux-parents dans la région d’Afrin, en Syrie. Après trois mois, mon mari Fahed a décidé d’aller travailler en Turquie pour faire de l’argent et nous permettre de quitter la Syrie. J’ai vendu un collier en or pour avoir l’argent nécessaire et il est parti. Il a trouvé un emploi là-bas et puis, après un mois et demi, il est revenu nous chercher. Quand Fahed a vu comment c’était devenu difficile la vie en Syrie, il a dit que nous devions partir tout de suite. Le lendemain, nous avons vendu deux paires de mes boucles d’oreilles pour avoir l’argent pour partir. Au début, mon frère devait partir avec nous mais il a changé d’idée.

Le village des parents de Fahed est à seulement vingt minutes de la frontière avec la Turquie. On est allés à pieds avec nos deux enfants et avec tous nos sacs. Les policiers Turques à la frontière tiraient dans les airs pour faire peur aux gens. On avait très peur. Quand nous sommes arrivés à la frontière, un policier a dit qu’on n’avait pas le droit d’entrer en Turquie. Il y avait beaucoup de familles Syriennes qui voulaient passer en même temps. Le policier est parti parler avec une autre famille et je suis tombée mais mon mari Fahed a dit « n’ais pas peur, suis-moi ! »

On a couru jusqu’à une auto rouge qui nous attendait. On avait payé quelqu’un en Syrie pour trouver le conducteur. Le policier est venu vite pour nous arrêter et il nous a dit de ne pas avancer. Au moment qu’il tournait le dos pour parler avec d’autres personnes, notre conducteur a appuyé sur l’accélérateur pour s’échapper du policier et s’éloigner de la frontière. J’avais très peur.

Le conducteur de l’auto rouge nous a conduits à Istanbul. Il a fallu le payer. Je ne me souviens pas bien mais je pense que le voyage en auto a pris dix heures. Rendus à Istanbul, nous avons passé une semaine très difficile et je ne veux pas en parler. Mais grâce à Dieu et la gentillesse de quelques personnes, mais surtout d’un home avec un cœur d’or, nous avons trouvé un logement dans le sous-sol d’une maison. Nous sommes restés là pendant 3 ans.

C’est très difficile d’avoir assez d’argent pour vivre en Turquie. J’ai travaillé 12 heures par jour et mon mari aussi mais sur des plages horaires différentes. Comme ça il y avait toujours quelqu’un à la maison pour s’occuper des enfants. C’était très difficile.

En Turquie, les enfants ne sont pas obligés d’aller à l’école après l’âge de 10 ans et, parce qu’on avait vraiment besoin d’argent, je savais que notre fils Ahmed ne pourrait malheureusement pas aller à l’école une fois qu’il aurait 10 ans.

Un jour, on a eu de la chance. Mon mari Fahed et mon père (mes parents et ma soeur sont venus en Turquie six mois après nous) sont allés chercher du bois de chauffage et ils ont rencontré du monde des Nations Unies qui leur ont demandé s’ils aimeraient émigrer ailleurs dans le monde. Fahed et mon père ont dit oui et ils sont allés tout de suite à la mairie pour nous inscrire. Ils nous ont dit qu’on recevrait un coup de téléphone bientôt.

Une semaine plus tard, nous avons eu l’appel, mais on a pu quitter la Turquie seulement 10 mois plus tard. Il a fallu passer trois entrevues. Au début on ne savait pas où on irait dans le monde. Finalement, on a su que le Canada nous avait acceptés. Le Canada a acheté les billets pour nous et nous y sommes arrivés le 13 décembre 2016. Notre avion a atterri à 18h à Montréal. Nous étions très fatigués ! Nous avons dormi à l’hôtel la première nuit. Le lendemain matin, nous sommes venus à Gatineau en autobus. L’association Parrainage Outaouais nous a accueillis.

Les premiers mois ici étaient difficiles.
On ne parlait ni le français ni l’anglais.
On marchait partout parce qu’on ne savait pas comment acheter les cartes d’autobus.
La première fois que nous sommes allés au Provigo, on est revenus chez nous sans rien acheter parce qu’on pensait que le mot « free » voulait dire « fermé ». On pensait que l’épicerie était fermée !!!
J’avais toujours un papier dans mon sacoche avec mon nom et mon adresse, pour si jamais je me perdais.

L’APO et les gens de notre voisinage qui parlent le kurde et l’arabe nous ont beaucoup aidés au début. Avec le temps on s’est habitué. Nous avons appris à faire beaucoup de choses sans trop dépendre des autres. J’étais fière les premières fois que j’ai voyagé seule en autobus. Le GPS sur notre téléphone nous a beaucoup aidés pour nous orienter dans la ville. Aussi, nous avons aimé aller à l’école pour apprendre le français. L’école nous a aidé à mieux comprendre la vie au Canada. »

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