Témoignages

Nadia F.

« De l’ombre vers la lumière »

« Je souffre de « dépression » depuis très longtemps et de son inséparable compagne « l’anxiété ». Si j’ai choisi de venir en témoigner à la Soirée d’Écoute Attentive, c’est parce que j’ai souvent cherché en vain des gens qui en témoigneraient, pour m’indiquer la sortie de secours… Comme je n’ai jamais trouvé, il y a environ 2 ans, j’ai décidé de braver la honte d’en être porteuse, alors que je n’y suis pourtant pour rien, et ce, en vue de tendre la main à la personne qui en souffre encore, afin qu’elle puisse entendre un message d’espoir…

Mais comment décrire la « dépression »… Alors que je m’élançais pour la décrire, lors de cette Soirée d’Écoute Attentive du 25 janv. 2019 à la Mosquée, le mieux que j’ai pu faire a été de pleurer… longuement… pour au final articuler qu’il s’agit « d’un trou noir ». C’est tout ce dont j’ai été capable… Or, dans un trou noir, la lumière est alors facilement perceptible, non!? Pour ce qui est de l’anxiété, c’est une peur irrationnelle qui finit par paralyser toute action. Dans mon cas, faut rajouter à ce « duo infernal », une « chorale imaginaire de personnes qui me crient en chœur que tout ce que je fais est pourri ». Vous imaginez qu’il est alors très difficile d’avancer, peu importe la sphère ou le contexte… Et pourtant… avec la persévérance, on finit par avancer en dépit de ces boulets aux pieds… Ceci étant dit, la vie est difficile pour tout le monde, d’où l’importance de la communauté pour s’entraider, car seul au monde, personne ne peut s’en sortir… Ça, je l’ai bien compris 😉

Au final, alors que j’étais persuadée qu’il était impossible d’un jour m’en sortir, je peux vous assurer que j’avais tort… Et pour moi, le long chemin du rétablissement s’est principalement traduit par d’innombrables années de thérapie, mais surtout, grâce à mon indéfectible implication bénévole au Dépanneur Sylvestre https://depanneursylvestre.org/ où vous avez, vous aussi, la possibilité de vous inclure. Je vous y aiderai, c’est promis, vous n’avez qu’à me le demander… Aujourd’hui, je continue parfois à souffrir de dépression et d’anxiété. Or, je mène maintenant une vie fonctionnelle et intégrée, tant professionnellement que socialement. Et contre toutes mes attentes, je touche même parfois à des moments de Joie dont le vecteur principal est la rencontre et la présence sincère à l’autre, décentrée de l’égo»


Christian G.

« Tout le monde y a droit »

« Ce que tu cherches te cherche aussi. Vivre dans l’éternelle insatisfaction c’est souffrant. Vivre avec la conviction de ne pas mériter mieux c’est déchirant. Chercher désespérément « on ne sait trop quoi », c’est exaspérant. Ce que tu cherches te cherche aussi, et c’est gratuit. »


Eduardo A. D.A.

« Ma conversion à l’Islam »

Après s’être lié d’amitié avec un jeune musulman, Eduardo Alves Dos Anjos dit être carrément tombé amoureux de l’islam. C’est ainsi que le jeune Montréalais né au Brésil a cessé d’intimider les jeunes musulmans et de raconter des blagues anti-islamiques pour se convertir à l’islam en 2008. Eduardo Alves Dos Anjos expliquera comment il a reconnu que son intolérance provenait d’une grande peur.


Colette C.

« Nager contre le courant »

« Pendant la majeure partie de ma vie adulte, j’étais aux prises avec des troubles de l’alimentation, balançant entre l’anorexie et la boulimie dans une souffrance invisible, mais aiguë. Dans les zones grises de ces désordres, le bon traitement est difficile à dénicher, et les gens vivant ces troubles ont tendance à s’isoler dans la honte, ce que j’ai fait souvent, malgré une personnalité extérieurement avenante. Par période, l’énergie vitale perdue dans la haine de soi et l’autosabotage était signifiante, même dévastatrice au niveau des relations proches et de l’emploi. Ma perception de ces malaises était beaucoup centrée sur mon apparence, et j’étais obsédée par mon image corporelle.

Grâce à un cheminement créatif, j’ai enfin trouvé soulagement dans une pratique de dessin. Au lieu de continuer à nier le corps, je me suis tournée le regard plutôt vers le corps, en dessinant des modèles vivants, en photographiant d’autres personnes, en dessinant toutes sortes d’images de personnes avec un poids et une taille différente, et enfin, en me photographiant moi-même pour ensuite dessiner mon propre corps. Dans cette pratique j’ai trouvé un nouveau regard d’acceptation et d’appréciation pour tous les corps humains, y compris le mien. Ça me demandait de faire face à mes peurs et d’engager avec d’autres et avec moi-même dans la vulnérabilité et l’intimité, ce qui est à la base de notre humanité partagée. Cette espèce de « mise à nue » par l’image m’a permis et de voir la beauté dans l’imperfection et la perfection dans toute la vie.

Mon projet de vie avec l’énergie retrouvée grâce à cette pratique c’est de l’amener aux autres. Ça ne coûte rien dessiner, et ça ne prend aucun talent artistique pour engager dans cette pratique, car c’est le processus du dessin qui guérit et non pas les résultats. Je voudrais que d’autres qui connaissant également ce bruit destructif envers soi dans leurs têtes puissent découvrir la tranquillité dans un temps passé à dessiner, ce qui amène tôt ou tard à un regard d’amour. Je n’ai jamais trouvé de pilule pour arranger ce qui n’allait pas en dedans de moi, mais par cette oeuvre toute simple j’ai appris à voir les autres d’un œil nouveau, à voir la vie autrement, et surtout, à voir mon propre corps comme un miracle et un allié au lieu de le considérer comme un déchet ou un échec. Bien m’alimenter est devenu plus facile, mais même si je reste fragile à ce niveau, la paix retrouvée au niveau l’image de soi me permet une vie plus paisible. »


Noémie A.

« Mon style de vie «semi-nomade» »

« Depuis huit ans, j’ai adopté, avec mon copain, ce qu’on pourrait appeler un style de vie «semi-nomade» !

Puisqu’il y a plusieurs définitions de semi-nomade, voici une définition de notre style de vie : nous habitons au Québec environ 6 mois par année, et nous voyageons environ 6 mois par année dans un autre pays. Bien sûr, le voyage fait partie de notre vie, mais pour nous, le plus important, ce n’est pas le voyage en tant que tel, mais plutôt notre style de vie minimaliste et la liberté que ce mode de vie nous amène. En effet, nous n’avons pas de maison, pas de voiture, et nos effets personnels se rangent dans deux grosses valises, trois sacs à dos et quelques boîtes entreposées. Dans notre définition du minimalisme, il y a aussi la notion de réduction du temps de travail, c’est-à-dire que nous travaillons pour avoir assez d’argent pour vivre et épargner, et un maximum de temps pour vivre d’autres expériences que le travail. Une grosse partie de notre épargne se fait sur le logement. Nous avons choisi depuis environ cinq ans de nous déplacer de maisons en maisons en gardant des animaux quand les gens sont partis en voyage (housesitting).

Il est important de mentionner que nous sommes chanceux d’avoir notre famille et nos amis qui nous supportent, aussi bien par un support émotif que par de l’aide physique. Bien que nous adorions vivre ainsi, notre style de vie amène une instabilité, alors, pour trouver un équilibre, nous choisissons de travailler constamment sur notre stabilité mentale et émotionnelle, dans la compassion envers nous-mêmes et envers tous les animaux (nous sommes véganes). Finalement, pour nous, ce qui est le plus difficile dans notre style de vie semi-nomade, c’est de ne pas être assez longtemps au même endroit pour s’engager dans la communauté sur le long terme. Tout en continuant notre style de vie minimaliste, il se peut que prochainement nous limitions les voyages pour cette raison. »


  Slava K.

« Mon voyage de la Syrie au Canada »

« Je m’appelle Slava Kujar. Je suis originaire de la Syrie.

J’ai quitté la Syrie à la fin du mois de mars en 2013. Je n’oublierai jamais ce jour-là. Deux jours auparavant, une cinquantaine de bombes sont tombées dans mon quartier d’Alep. On a décidé de partir.

Moi et mon mari Fahed et mes deux jeunes enfants, on s’est enfuis au village de mes beaux-parents dans la région d’Afrin, en Syrie. Après trois mois, mon mari Fahed a décidé d’aller travailler en Turquie pour faire de l’argent et nous permettre de quitter la Syrie. J’ai vendu un collier en or pour avoir l’argent nécessaire et il est parti. Il a trouvé un emploi là-bas et puis, après un mois et demi, il est revenu nous chercher. Quand Fahed a vu comment c’était devenu difficile la vie en Syrie, il a dit que nous devions partir tout de suite. Le lendemain, nous avons vendu deux paires de mes boucles d’oreilles pour avoir l’argent pour partir. Au début, mon frère devait partir avec nous mais il a changé d’idée.

Le village des parents de Fahed est à seulement vingt minutes de la frontière avec la Turquie. On est allés à pieds avec nos deux enfants et avec tous nos sacs. Les policiers Turques à la frontière tiraient dans les airs pour faire peur aux gens. On avait très peur. Quand nous sommes arrivés à la frontière, un policier a dit qu’on n’avait pas le droit d’entrer en Turquie. Il y avait beaucoup de familles Syriennes qui voulaient passer en même temps. Le policier est parti parler avec une autre famille et je suis tombée mais mon mari Fahed a dit « n’ais pas peur, suis-moi ! »

On a couru jusqu’à une auto rouge qui nous attendait. On avait payé quelqu’un en Syrie pour trouver le conducteur. Le policier est venu vite pour nous arrêter et il nous a dit de ne pas avancer. Au moment qu’il tournait le dos pour parler avec d’autres personnes, notre conducteur a appuyé sur l’accélérateur pour s’échapper du policier et s’éloigner de la frontière. J’avais très peur.

Le conducteur de l’auto rouge nous a conduits à Istanbul. Il a fallu le payer. Je ne me souviens pas bien mais je pense que le voyage en auto a pris dix heures. Rendus à Istanbul, nous avons passé une semaine très difficile et je ne veux pas en parler. Mais grâce à Dieu et la gentillesse de quelques personnes, mais surtout d’un home avec un cœur d’or, nous avons trouvé un logement dans le sous-sol d’une maison. Nous sommes restés là pendant 3 ans.

C’est très difficile d’avoir assez d’argent pour vivre en Turquie. J’ai travaillé 12 heures par jour et mon mari aussi mais sur des plages horaires différentes. Comme ça il y avait toujours quelqu’un à la maison pour s’occuper des enfants. C’était très difficile.

En Turquie, les enfants ne sont pas obligés d’aller à l’école après l’âge de 10 ans et, parce qu’on avait vraiment besoin d’argent, je savais que notre fils Ahmed ne pourrait malheureusement pas aller à l’école une fois qu’il aurait 10 ans.

Un jour, on a eu de la chance. Mon mari Fahed et mon père (mes parents et ma soeur sont venus en Turquie six mois après nous) sont allés chercher du bois de chauffage et ils ont rencontré du monde des Nations Unies qui leur ont demandé s’ils aimeraient émigrer ailleurs dans le monde. Fahed et mon père ont dit oui et ils sont allés tout de suite à la mairie pour nous inscrire. Ils nous ont dit qu’on recevrait un coup de téléphone bientôt.

Une semaine plus tard, nous avons eu l’appel, mais on a pu quitter la Turquie seulement 10 mois plus tard. Il a fallu passer trois entrevues. Au début on ne savait pas où on irait dans le monde. Finalement, on a su que le Canada nous avait acceptés. Le Canada a acheté les billets pour nous et nous y sommes arrivés le 13 décembre 2016. Notre avion a atterri à 18h à Montréal. Nous étions très fatigués ! Nous avons dormi à l’hôtel la première nuit. Le lendemain matin, nous sommes venus à Gatineau en autobus. L’association Parrainage Outaouais nous a accueillis.

Les premiers mois ici étaient difficiles.
On ne parlait ni le français ni l’anglais.
On marchait partout parce qu’on ne savait pas comment acheter les cartes d’autobus.
La première fois que nous sommes allés au Provigo, on est revenus chez nous sans rien acheter parce qu’on pensait que le mot « free » voulait dire « fermé ». On pensait que l’épicerie était fermée !!!
J’avais toujours un papier dans mon sacoche avec mon nom et mon adresse, pour si jamais je me perdais.

L’APO et les gens de notre voisinage qui parlent le kurde et l’arabe nous ont beaucoup aidés au début. Avec le temps on s’est habitué. Nous avons appris à faire beaucoup de choses sans trop dépendre des autres. J’étais fière les premières fois que j’ai voyagé seule en autobus. Le GPS sur notre téléphone nous a beaucoup aidés pour nous orienter dans la ville. Aussi, nous avons aimé aller à l’école pour apprendre le français. L’école nous a aidé à mieux comprendre la vie au Canada. »

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